cheikh bin soltaneCheikh Khalifa bin Ahmad bin Soltan al-Thani1/ Le Qatar a connu, en une quinzaine d’années, un développement impressionnant. En un temps record, il est passé d’un petit Etat qui était totalement inconnu sur la scène internationale à un acteur incontournable de la scène internationale. Comment évaluez-vous ce développement?

Comme vous le savez le Qatar est un Etat rentier, qui possède des ressources et une richesse qui l’ont aidé à atteindre les objectifs qu’il s’était fixés. Parmi les initiatives qui ont permis à Doha de se propulser sur la scène régionale en lui donnant une position politique importante, il y a évidemment les médias qui ont joué un rôle central et qui ont donné au Qatar une vitrine médiatique incontestable. Ces médias ont développé une plate-forme libre et ont travaillé dans le sens des intérêts des peuples. La « renaissance » du Qatar a pu avoir lieu grâce à sa stabilité ce qui n'est pas forcément le cas dans le reste de la région. Grâce à Dieu, notre pays a des institutions solides, une stabilité et une sécurité permanente.

doha goals1) Vous avez initié l'an dernier en compagnie de l'Aspire Zone Foundation, le Doha Goals Forum dont la 2e édition se tiendra du 9 au 11 décembre prochain. Ce forum se présente comme une plateforme de réflexion sur l'enjeu du sport à notre époque. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a motivé dans cette initiative?

Depuis plusieurs années, alors que je produisais le forum de Davos, j’ai remarqué à l’occasion de sessions organisées autour du sport et de son impact comme outil de progrès économique et social, l’intérêt des participants à ces rencontres.

lycee-bonaparte-qatar-930 scalewidth 630Lycée français Bonaparte de Doha © Lycée Bonaparte1 - Vous avez enquêté sur le départ précipité du proviseur du lycée français Bonaparte au Qatar[1]. Pouvez-vous préciser la nature de la plainte qui semble être à la base de cette affaire?

Comme je l’ai écrit dans Mediapart, il s’agit d’une plainte pour attitude anti-musulmane, ou plus précisément atteinte à la religion musulmane.

ofrbs-france-printemps-qatar-20130329 paysage3602013/REUTERS/Philippe Wojazer Vous écrivez régulièrement des contributions pour le magazine Le Point. Un de vos thèmes de vos prédilections est le Qatar. Comment analysez-vous la campagne de Qatar-bashing qui sévit actuellement auprès de plusieurs médias ?

L’un des ressorts de cette campagne de dénigrement provient du fait que certaines personnes ne supportent pas voir un pays arabe émerger et déployer un grand activisme à l’échelle internationale.
C’est vrai que le Qatar investit beaucoup dans notre pays : il a acquis des symboles de l’identité de Paris comme le PSG ou le magasin Printemps, il prend des participations dans les fleurons de l’industrie, il rentre dans le capital des entreprises du CAC 40 etc.

Qatar-Nepal-620x350Qatar 26th, 2013 | Faël Isthar

1) Vous avez mené divers enquêtes de terrain au Qatar ces dernières années. Vos travaux ont porté sur le sort des ouvriers asiatiques et notamment originaires du Népal. Quelles ont été vos conclusions? Connaissant le caractère très sensible de cette question, les autorités vous ont-elles laissé mener vos investigations sans entraves?

J’ai écrit ma thèse de géographie sur les travailleurs migrants népalais en Inde, destination traditionnelle des Népalais. A partir de 2006, j’ai orienté une partie de mes recherches vers le Qatar où les Népalais commençaient à se diriger en masse. Aujourd’hui, ils seraient entre 350 000 et 400 000 : ils sont la première population étrangère et dépassent même la population qatarie.

03758163Cheikh Tamim, le nouvel émir du Qatar. © EPA/MAXPPP1 - Comment appréciez-vous les premières semaines de pouvoir du nouvel émir du Qatar? Rupture, continuité, changement de style et pas de fond?

Les premières semaines de l’émir Tamim ont mis en lumière un changement de style certain dans l’exercice diplomatique de l’émirat. Les leçons de « l’étirement stratégique » trop important du Qatar par rapport à sa puissance réelle ont été reçues. L’impasse politico-diplomatique des récents événements en Egypte mais aussi de la stratégie qatarie en Syrie en sont un exemple concret. Cet échec explique en partie l'abdication de l'émir Hamad Ben Khalifa Al Thani et le départ de son Premier ministre, Hamad Ben Jassem Al Thani – l’architecte de politique étrangère de Doha – à la faveur du prince héritier.

Page 6 sur 6