Qatar : Le Mondial 2022 entre réformes et scandales

dimanche, 03 août 2014 19:35

000 Nic6252188 0Des travailleurs migrants sur un chantier à Doha / AFP PHOTO / AL-WATAN DOHA / KARIM JAAFARLe Qatar, pays hôte de la Coupe du monde de football 2022, a annoncé le 20 juillet dernier des mesures en faveur des travailleurs étrangers après avoir essuyé des critiques sur leurs conditions de vie et de travail.

Le gouvernement qatari a approuvé un nouveau train de mesures visant à améliorer le traitement des travailleurs étrangers. Elles ont été annoncées par le ministre du Travail et des Affaires sociales Abdullah Saleh Mubarak al-Khulaifi. Ces réformes font suite à celles décrétées en mai dernier qui avaient notamment mis fin à la « kafala », système décrié par les organisations de défense des droits de lhomme car maintenant louvrier dans un rapport de subordination avec son employeur.

Des réformes en profondeur

"Nous savons qu'il y a encore beaucoup à faire, mais nous faisons des progrès significatifs", a déclaré al-Khulaifi dans un communiqué. Parmi ces nouvelles directives, les entreprises devront payer les salaires dans un délai de sept jours et ce, par voie électronique afin de faciliter leur versement. Le travail à l'extérieur entre 11h et 15h30 est également interdit pour la période s'étalant de la mi-juin à la fin août. Par ailleurs, le ministère a annoncé laugmentation du nombre dinspecteurs du travail ainsi que la création dun système de réclamation informatique multilingue. Sagissant des conditions de vie, le dispositif comprend la construction de logements pouvant accueillir jusqu'à 150 000 travailleurs dans la ville de Barwa Al Baraha.

« Les réformes annoncées en mai remplaceront le système de la kafala avec un contrat moderne entre le travailleur et lemployeur», a aussi mentionné le communiqué. Le ministère sattèle activement à lutter contre les abus avant l'arrivée des nouveaux travailleurs au Qatar et veut limiter le recours à des intermédiaires peu scrupuleux. Le ministère du Travail a ainsi félicité la récente décision de l'ambassade du Népal d'interdire 55 agences de recrutement qui exploitaient des candidats à limmigration.

Une pression internationale qui semble ne pas sarrêter

Mais la pression sur le Qatar semble ne pas vouloir sarrêter malgré ces avancées. Une nouvelle enquête menée par The Guardian publiée le 28 juillet révèle quune douzaine douvriers nont pas été payés depuis treize mois. Ils travaillaient dans les bureaux occupés par le Comité suprême d'organisation de la Coupe du monde 2022. Ceux-ci sont situés dans un luxueux gratte-ciel connu sous le nom de la Tour de Football. Suite à ces révélations, le vice-président de la FIFA, Jim Boyce est monté au créneau et a demandé au Qatar quil garantisse le paiement des salaires au plus vite. Cette affaire survient quelques jours après que le président de la FIFA Sepp Blatter, et son secrétaire général, Jérôme Valcke, aient rencontré l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, afin de discuter des préparatifs de la Coupe du monde. La visite a aussi porté sur l’épineuse question des réformes du droit du travail afin d’assurer le bien-être des travailleurs migrants. Pour éteindre le début dincendie médiatique provoqué par les révélations du journal britannique, le Comité sest défendu en pointant du doigt la société incriminée, Lee Trading and Contracting. Trompés par la promesse d'une vie meilleure, des immigrés venant du Népal, d'Inde et de Sri Lanka ont été abandonnés par cette compagnie. Par conséquent, ces travailleurs se retrouvent piégés à Doha sans argent, ni passeport.

Le Comité suprême d’organisation prend ces allégations de violations de la réglementation du travail très au sérieux. « Depuis que nous avons introduit notre candidature pour accueillir la Coupe du monde, nous avons travaillé sans relâche pour assurer et améliorer le bien-être des travailleurs et être un catalyseur pour un progrès social durable. Bien que les défis d'un marché du travail globalisé ne puissent être résolus du jour au lendemain, nous faisons des progrès importants, renforçons les systèmes de surveillance et en assurerons leurs applications. Le Comité ajoute: "Nous condamnons vigoureusement le comportement de Lee Trading dans le cadre du traitement de ces travailleurs et allons continuer de faire pression pour une solution rapide et équitable pour tous".

Des enquêtes anodines?

Une autre affaire vient encore noircir le tableau, révélée ce jeudi par The Guardian ; des ouvriers travaillant sur le chantier dun stade seraient payés 6 euros par jour et 57 cents par heure supplémentaire. Le quotidien britannique révèle que les fiches de paie montrent quune centaine douvriers auraient travaillé jusqu’à 30 jours par mois. Citant certains dentre eux, le journal affirme que les passeports leur auraient aussi été retirés par leur manager et ce, en contradiction avec la charte émise en mars 2013 par les organisateurs du Mondial 2022.

Suite à ces différentes polémiques, le Comité suprême a vivement réagi rappelant sa détermination à faire le ménage. Doha est en effet bien décidée à mettre fin à ces révélations qui viennent ternir sa réputation. Dans cette optique, la Qatar Foundation, lune des institutions les plus réputées de l’émirat présidée par la mère de l’émir, Cheikha Mozah, a commandé un rapport sur les abus subis par les travailleurs étrangers qui construisent les infrastructures du Mondial 2022. Le document, rendu public le 13 juillet, a dans des termes très vifs remis en cause les procédures de recrutement des ouvriers et a formulé une série de recommandations. Mais l'inconvénient avec ce rapport comme avec tous les autres mémorandums publiés pour améliorer le sort des ouvriers est qu'ils ne précisent pas de calendrier. C'est d'ailleurs l'une des principales tares que l'on peut relever : animé de bonnes volontés et s'activant afin de désamorcer la pression internationale qui pèse sur lui, le gouvernement ne mentionne pas sur quelle temporalité ces mécanismes de protection seront effectivement mis à éxécution.

A lapproche de la publication par la Chambre d'investigation de la Commission d'éthique de la Fifa de lenquête visant les conditions d'attribution des Mondiaux 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar, tous les projecteurs sont fixés sur l’émirat. Il nest donc pas anodin de voir les révélations se multiplier. Néanmoins, comme le mentionnait récemment l’économiste Pascal Perri, lon peut sinterroger sur le bien-fondé de ces enquêtes à répétition de la presse anglo-saxonne qui pourraient n’être pas uniquement motivées par le respect des droits de lhomme. En effet, lAngleterre et lAustralie, finalistes malheureuses pour lorganisation des Mondiaux 2018 et 2022 continuent à plaider officiellement pour une remise en cause du vote. La charge de certains médias de ces deux pays ne serait donc pas complètement innocente.

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