Qatar : l’indispensable amélioration de la condition ouvrière

vendredi, 27 septembre 2013 17:27

Asian-workers-cleaning-th-010Yasser Al-Zayyat/AFP/Getty ImagesQatar : l’indispensable amélioration de la condition ouvrière

 

C'est un nouveau scandale qui éclabousse le dossier de l'organisation au Qatar du Mondial 2022. Une enquête du quotidien The Guardian a révélé l'étendue du déni de droit dont sont victimes les ouvriers asiatiques dans l'émirat. La plupart sont employés dans les nombreux chantiers lancés dans la perspective de la Coupe du monde : routes, hôtels, stades, villes nouvelles etc. Devenue un vaste chantier à ciel ouvert, Doha compte plus de deux cents projets immobiliers d'envergure qui emploient des dizaines de milliers de travailleurs. 

 

Scandale humanitaire

L'envers du décor qu'a mis à nu le journal britannique est édifiant. Journées à rallonge, salaires impayés, confiscation de passeports, travail sous des températures étouffantes, etc. Les mauvais traitements sont tels que les cas de décès ne sont pas rares. Pas moins d'une quarantaine de cas de jeunes hommes emportés par une crise cardiaque ont été répertoriés en l'espace de deux mois, de juin à août 2013[1].

 

Malgré l'émoi international suscité par cette enquête, force est de constater que cette situation n'est malheureusement pas nouvelle. Le développement économique du Qatar est depuis longtemps en partie basé sur cette main d'œuvre bon marché et révocable à merci. Celle-ci est également soumise au système aux contours pervers de la "kafala" (parrainage) qui met les travailleurs étrangers sous la responsabilité directe d'un sponsor de nationalité qatarienne. Ce système n'est pas spécifique au Qatar car c'est l'ensemble des pays du Golfe qui ont établi ces procédures dès les années 70 afin de contrôler une main d’œuvre immigrée qui, dans certains cas, constitue aujourd’hui la majorité de la population. Leur nombre est estimé à douze millions pour l’ensemble de la région (dont près de la moitié en Arabie saoudite), mais c’est au Qatar qu’elle est proportionnellement la plus élevée avec un taux dépassant les 85% de la population totale. Les contingents les plus importants de travailleurs proviennent des pays du sous-continent indien comme le Népal, l’Inde, le Sri Lanka ou les Philippines.

 

L’urgence d’une prise de conscience

 

Depuis quelques années, cette situation qui mérite d’être condamnée sans réserve mobilise certaines ONG internationales qui tirent la sonnette d’alarme. De Human Rights Watch à la Conférence syndicale internationale (CSI), les exemples sont nombreux de rapports remis aux autorités qatariennes afin de mettre un terme à ce qui s’apparente à un véritable « scandale humanitaire ».  De timides avancées ont été enregistrées ces derniers temps. En décembre 2012, lors de la Conférence internationale de l’ONU sur le climat, une manifestation exceptionnelle avait été autorisée avec notamment la participation de Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI qui milite activement pour un renforcement du droit syndical dans l’émirat[2]. Quelques mois auparavant, c’est la chaîne Al Jazeera qui, malgré son financement par le gouvernement qatarien, portait sur ses écrans un reportage à charge sur les conditions de ces ouvriers[3]. Le reportage avait été diffusé à la faveur du rapport remis par Human Rights Watch qui avait déjà pour titre « Construire une meilleure Coupe du Monde : protéger les travailleurs migrants du Qatar avant la coupe de la FIFA 2022 »[4]. De même les autorités ont inauguré en 2010 le camp Barwa Al Baraha qui permet à plus de 50 000 ouvriers de bénéficier de meilleures conditions. Le complexe a coûté plus d’un milliard de dollars et avait été lancé suite à des émeutes d’ouvriers dénonçant leurs conditions de vie dans l’émirat voisin de Dubaï. Plus récemment, c’est le Centre de recherche sur la législation islamique et l’éthique qui organisait, pour la première fois dans le pays, une conférence publique sur cette dimension[5].

 

Cette timide prise de conscience semble insuffisante au regard de l’ampleur des dysfonctionnements encore enregistrés dans le pays. Qui se rend au Qatar peut aisément se rendre compte de ces carences, particulièrement vives en été là où le thermomètre dépasse les 45°C avec un taux d’humidité qui rend l’atmosphère étouffante. De son côté, Le Comité suprême Qatar 2022, organisme chargé de superviser la préparation du Mondial 2022, s'est dit « profondément préoccupé par ces allégations visant certains prestataires et sous-traitants du site de construction de Lusail City et considère la question avec le plus grand sérieux ». Le comité a ajouté qu’ « il n'y a aucune excuse pour que les ouvriers soient traités ainsi au Qatar ou ailleurs. La santé, la sécurité et le bien-être de tous ceux qui travaillent à la préparation de la Coupe du monde 2022 sont de la plus haute importance pour le Comité d'organisation. Le tournoi doit aider à l'amélioration de la vie des travailleurs au Qatar »[6]. De toute évidence, l’émirat n’a pas le choix. Sans une amélioration drastique de la situation, on peut imaginer une accentuation de la pression internationale qui se traduira par un renforcement de la campagne de boycott de la Coupe du monde 2022 initiée par diverses organisations[7]. Avec un nouvel émir qui semble davantage préoccupé par des considérations intérieures, il devient impératif de réformer le code du travail afin de le hisser aux normes internationales.

 


 


 

[1] http://www.theguardian.com/world/2013/sep/25/revealed-qatars-world-cup-slaves

 

[2] http://www.ituc-csi.org/?lang=fr#

 

[3] http://www.hrw.org/fr/news/2012/06/12/qatar-les-ouvriers-migrants-du-b-timent-sont-victimes-dabus

 

[4] http://www.aljazeera.com/video/middleeast/2012/06/201261264715371679.html

 

[5] http://cilecenter.org/media-center-fr/newsroom-fr/news-details-fr?item=167

 

[6] http://www.lemonde.fr/sport/article/2013/09/26/des-esclaves-nepalais-morts-au-qatar-sur-les-chantiers-de-la-coupe-du-monde_3484869_3242.html

 

[7] http://www.rerunthevote.org/?lang=en

 

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