La Turquie et le Qatar unis dans la défense d'Al Aqsa

mardi, 29 septembre 2015 12:22

etamimerdoganaqsaCredit : Anadolu AgencyL’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani s’est rendu vendredi à Istanbul où il a rencontré le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Une rencontre au cours de laquelle les deux chefs d’Etat ont discuté des dossiers régionaux.  

Les deux dirigeants ont insisté sur « la nécessité d’une action internationale » contre les agressions de la police israélienne sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem, en particulier la Mosquée al-Aqsa considérée par les musulmans comme le troisième lieu saint de l’Islam après La Mecque et Médine.  

 

 

Al-Aqsa en danger

Il faut d'abord rappeler que la mosquée al-Aqsa est sous contrôle israélien depuis la Guerre des Six jours de juin 1967. Depuis cette date, la gestion de l'ensemble de l'Esplanade des mosquées (en arabe al-Haram al-Charîf) est confiée à l'organisation des Biens religieux (Waqf) sous l’autorité de la Jordanie, gardienne de ces lieux saints en vertu d'un accord qui remonte au début de l'occupation. Cette organisation qui emploie environ six cents personnes a pour rôle l’entretien, la restauration mais aussi la surveillance du site. Ce rôle de gardien que joue la Jordanie sur les sanctuaires musulmans mais aussi chrétiens de Jérusalem est reconnu par les accords d’Oslo signés en 1994 entre Israël et la Jordanie.

Ces accords n'ont cependant pas empêché la multiplication des  violations des libertés religieuses des Palestiniens, notamment ces dernières années où les restrictions arbitraires pour l’accès à la mosquée al-Aqsa sont en constante augmentation. L’ensemble de ces actes s’inscrit dans une stratégie de judaïsation de Jérusalem mise en œuvre méthodiquement depuis 1967. Cheikh Raed Salah, leader du mouvement islamique en Palestine a déclaré que « l'attaque actuelle est la plus grave depuis 1967, car c’est une déclaration de guerre à l'identité de la mosquée". Dans une interview accordée à l’agence de presse turque Anadolu Agency, il a estimé que « si les attaques et les exactions israéliennes se poursuivent, elles conduiront à une troisième Intifada en Cisjordanie et à Jérusalem ». Il s’est en outre félicité des réactions de quelques pays musulmans, notamment la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite, « qui ont dénoncé et condamné les agressions israéliennes répétées contre al-Aqsa ». Enfin, dans un long entretien avec la chaîne Al Jazeera, il a exhorté l'ensemble de la communauté musulmane mondiale de faire de la question de Jérusalem l'une des priorités de son agenda afin de préserver ce lieu sacré.

Convergence entre la Turquie et le Qatar sur le dossier de la Palestine

Durant leur entretien, cheikh Tamim et Recep Tayyip Erdogan se sont inquiétés des dernières attaques perpétrées par des juifs extrémistes dont les assauts, souvent protégés par la police israélienne, sont quotidiens depuis près d'un mois. Ils ont en outre dénoncé l’élargissement des colonies et se sont accordés pour coopérer activement afin de préserver les droits des Palestiniens dans tous les territoires occupés. Cette convergence de vues entre les deux pays est symbolisée par cette dixième rencontre entre les deux hommes en deux ans, ce qui fait du Qatar l'allié le plus sûr de la Turquie au Moyen-Orient. Preuve de ce lien qui devient l'un des plus solides de l'équation stratégique du Golfe, les deux pays ont récemment annoncé l'installation d'une base militaire turque sur le sol qatari

Sur les grands dossiers régionaux, les deux capitales ont également pris des positions communes. Ankara et Doha font ainsi partie des acteurs régionaux qui ont le plus soutenu la résistance palestiniennenotamment lors de l'épisode meurtrier de l'été 2014 à GazaSuite au massacre perpétré par l'armée israélienne au cours duquel certains pays arabes avaient discrètement espéré un effondrement du Hamas, Abou Oubeida le porte-parole de la branche militaire du Hamas avait publiquement remercié les deux pays pour leur soutien indéfectible. Sur la question de la reconstruction de la bande de Gaza, le Qatar a promis en octobre dernier de verser la somme d'un milliard de dollars ce qui en fait la contribution la plus importante des pays donateurs. Une partie de cette somme a déjà été débloquée et les travaux de réhabilitation ont démarré dans la foulée de l'annonce. Sur la question de Jérusalem, le Qatar a également fait un don en 2013 de 250 millions de dollars pour soutenir l'entreprise de préservation du patrimoine islamique de la ville sainte. Cet alignement pro-palestinien de la diplomatie qatarie a suscité les foudres du gouvernement israélien. Les plus hautes autorités du pays ont fustigé la politique étrangère de l'émirat et ces critiques ont été jusqu'à demander l'interdiction d'Al Jazeera. Une campagne de diabolisation du Qatar le présentant comme un soutien au "terrorisme" a même été initiée depuis Tel Aviv qui, fait quelque peu troublant, a été reprise en France par de nombreux cadres du Front national ainsi que par le CRIF. Nul doute que ce positionnement du Qatar qui accueille la direction politique du Hamas, en particulier son leader Khaled Meshaal, va continuer à susciter l'ire des responsables israéliens et que cette campagne de diabolisation n'est qu'à ses débuts.

Sur les autres dossiers régionaux, les deux pays ont vivement dénoncé le coup d’État égyptien qui a renversé le président démocratiquement élu Mohamed Morsi en juillet 2013. Sur la question de la Syrie, les deux pays ont dès le départ relayé les doléances légitimes du peuple syrien. Le gouvernement turc a même souligné l'importance de l'aide de Doha pour les réfugiés syriens qui sont estimés à plus de deux millions. Sur ce terrain syrien, contrairement à certaines rumeurs, rien n'indique pour le moment que ces deux pays changeraient de direction en soutenant un processus de transition qui maintiendraient Bashar al-Assad au pouvoir. Au vu de la persistance de ces éléments, il est donc certain que cette alliance diplomatique entre le Qatar et la Turquie demeure l'une des plus tangibles du Moyen-Orient. 

 

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